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En 2012 sortait le dernier album, à l’habituel format à l’italienne, de Joseph Farrel : Pourquoi pleurent-elles ? Toujours publié par son fidèle éditeur toulousain, Roger Finance, sous le label de Promo Media X. Une vingtaine de dessins à la mine de plomb, du Farrel violent, cruel, au sommet de son art brutal.

Monsieur Finance m’avait contacté pour rédiger une petite préface à cet ouvrage. Préfacer Farrel, le dessinateur de Parfums de souffrance, de Jeux cruels, de Humiliations ! Ces recueils de dessins très méchants, noirs, qui se vendaient dans les sex-shops dans les années 1980-90. J’avais toujours été fasciné par la noirceur absolue de cet artiste souterrain dont on ne savait rien, par le visage de ses femmes en pleurs, par les traits grimaçants de leurs bourreaux, masculins comme féminins, par la violence sociale qui s’en dégageait. Farrel ne respectait rien, surtout pas la cellule familiale. Il matérialisait des fantasmes sans prendre aucun gant avec les convenances, si ce n’était des gants de crin. Cette liberté totale m’avait toujours fascinée.

Je préfaçai ce Pourquoi pleurent-elles ? dont l’édition fut si problématique. Finance, un éditeur très actif de pornographie dans les années 1970-90, avait perdu ses réseaux, ses imprimeurs historiques étaient en retraite, le circuit de diffusion de plus en plus réduit. Il eut un mal de chien à dénicher un imprimeur qui accepte les dessins de Farrel. L’un d’eux eut même la bonne idée de le signaler à la police, plutôt que de lui opposer un refus courtois. Un atavisme français, la dénonciation… Sans doute pensait-il œuvrer pour le bien de l’édition française.

Et Finance me dit : « Mais pourquoi ne rencontreriez-vous pas Farrel ? »

L’homme existait donc, était toujours vivant ? Les marginaux, les réprouvés, les artistes modestes et oubliés ont toujours eu mes faveurs. L’occasion était inespérée de savoir enfin qui était derrière ces terribles dessins.

Rendez-vous fut pris. Ce fut le début d’une belle histoire, la découverte d’une vie, d’une passion pour le SM et le dessin. On ne mesure jamais assez l’insigne privilège qui vous est offert lorsqu’un artiste se livre à vous, généreusement. Comme le fit Joseph Farrel.

Je lui rendais parfois visite avec mon ami Dominique Forma, autre grand admirateur de Farrel. Comme il avait tourné un polar avec Jeff Bridges en 2001 aux États-Unis, La Loi des armes, Farrel le surnommait l’Américain.

On découvrit toute une œuvre inédite, des dessins inachevés qui ont une force incroyable, des reliques de ses débuts. Et aussi des dessins assez fous, dans lesquels les personnages sont littéralement mangés pour le texte : une écriture fine et lisible qui grignote tout, qui domine et violente les personnages féminins. Une logorrhée qui révèle combien le verbe a aussi son importance dans le dispositif sadomaso de Farrel.

À chaque fois, Dominique et moi, nous nous disions : il faut faire un livre, une somme sur Farrel, reproduire au mieux les originaux, dévoiler une partie de sa biographie.

Il fut un temps question que ce livre soit édité par la Musardine. Laquelle avait publié en 1998, sous son label Alixe, Contraintes, recueil de dessins de Tonton Ficelle, dont le « sadomasochisme de HLM », comme celui-ci le définissait, se rapproche en partie du monde farrélien.

Finalement, j’ai décidé de publier ce Farrel moi-même, de veiller aux détails et d’offrir aux amateurs exigeants et à ceux, nombreux, qui ne connaissent pas encore Farrel, ce qu’on peut attendre de mieux d’un livre d’art :

- respect des originaux, imprimé en offset couleur.

- qualité du papier. Nous avons choisi le Munken Lynx Rough 150 gr.

- pagination importante : 192 pages.

- reliure.

Dominique Forma et moi-même avons tenu à commenter cette œuvre, la mettre en perspective, en dégager des thématiques fortes. Vous aurez beau chercher, personne n’avait encore jamais pris la peine d’analyser sérieusement l’œuvre de Farrel. Le Net charrie son lot d’erreurs flagrantes, lui attribuant parfois des dessins qu’il n’a jamais faits, sans rapport avec son style.

J’ai choisi des associés tout aussi exigeants : le Studio Sylvie C. pour la maquette, dont le travail est apprécié de nombreux éditeurs de bandes dessinées (Delcourt, Delirium, Dynamite), l’imprimeur espagnol Sagrafic.

J’ai bénéficié aussi de l’aide de Roger Finance, Alexandre Dupouy (les archives les Larmes d’Eros), Hugues Delwart (libraire Nuit de Chine, à Bruxelles), du concours de Maxime Lachaud pour une traduction en anglais et d’Olivier Gamas pour la conception de ce site.

Qu’ils en soient tous remerciés.

Ainsi que, bien sûr, le génial Joseph Farrel !

Christophe Bier

À l’origine de ce projet : une rencontre

1 février 2017